Parents sans enfant – création : Noël sans toi

Si Noël est souvent un moment de réjouissances et de communion, pour certaines personnes cette période peut s’avérer douloureuse…

En tant que Parent sans enfant, les fêtes sont extrêmement douloureuses à vivre et peuvent réveiller certaines blessures. Il est parfois difficile pour les proches de savoir comment interagir.

L’association Parents Orphelins qui représente l’ensemble des parents qui vivent un deuil périnatal (c’est-à-dire toute personne ayant vécu une grossesse qui s’est soldée par le décès d’un bébé, qui survient au cours de la grossesse, lors de l’accouchement ou dans sa première année de vie) a écrit un très bel article en ce sens dont j’ai sélectionné et adapté quelques extraits :

Il est parfois difficile pour l’entourage de comprendre ce que ressentent les parents sans enfant, à plus forte raison durant la période des Fêtes. En effet, c’est généralement le moment de l’année consacré aux réjouissances en famille, avec les amis. L’atmosphère est à la fête, mais pour de nombreuses familles en deuil de leur bébé, cela peut être difficile.

Ce deuil est complexe : il s’agit de faire le deuil d’un avenir et de tous les rêves faits pour cet enfant qui ne se réaliseront jamais.

C’est voir ses rêves de fonder une famille ou de l’agrandir s’envoler. Ce n’est pas dans la nature des choses que la vie s’arrête avant même de commencer. Les parents ont alors à vivre un long et complexe processus de deuil. Ils ont besoin d’aide, d’encouragement et de reconnaissance. Les parents doivent donc apprendre à vivre leur vie en trouvant la place que prendra leur petit bébé dans celle-ci, comme il ne vivra pas à leurs côtés… mais dans leurs souvenirs et dans leur cœur.

La plupart du temps, les proches se sentent démunis devant la douleur des parents et impuissants devant la colère et l’incompréhension que la mort de l’enfant suscite.

Voici donc quelques conseils et suggestions :

Respecter le deuil des parents

L’enfant que ces parents attendaient, qu’ils avaient imaginé à leurs côtés à cette période n’y est pas et il est parfaitement normal qu’ils en soient affectés et qu’il n’aient pas le cœur à célébrer.

  • Acceptez qu’ils n’aient pas envie de prendre part à toutes les célébrations et à toutes les activités auxquelles ils auront été invité(s), ou auxquelles ils avaient auparavant l’habitude d’assister.
  • Offrez-leur, par exemple, le droit de décider à la dernière minute s’ils assisteront ou non, à une célébration ou encore de de répondre « peut-être ».
  • Informez-les de la présence de bébés ou de femmes enceintes pour qu’ils puissent choisir d’être à leur contact … ou non, et de s’y préparer s’ils choisissent de venir.
  • À moins que les parents ne veuillent pas en parler, soulignez la mémoire du bébé, n’ayez pas peur de leur parler et d’en parler, de l’appeler par son prénom. Vous pouvez aussi offrir un cadeau significatif en son nom, allumer une bougie, accrocher une décoration dans le sapin pour lui, ou un bas de Noël.

Ne cherchez pas les mots magiques

Il n’est pas nécessaire de trouver des mots magiques. Il suffit souvent d’être à l’écoute de la peine de l’autre, sans jugement.

  • Sachez qu’écouter signifie écouter sans jugement et sans interpréter et ne veut pas dire avoir réponse à tout et donner des conseils.
  • Il ne faut pas avoir peur du chagrin des parents. S’ils pleurent, c’est qu’ils se sentent en confiance en notre présence et ces larmes aideront leur cœur à guérir.
  • Soyez patient(e) avec eux : le processus du deuil de leur enfant a un rythme, le leur. Ce qui signifie que le deuil ne peut ni être accéléré, ni mis sur pause et qu’il est tout à fait normal de ressentir de la tristesse alors que tout le monde s’amuse autour d’eux.
  • Soyez prudents dans vos commentaires sur les événements ou sur ce qui les a précédés, car cela peut ajouter à la culpabilité des parents.
  • Un message de sympathie est toujours approprié et réconfortant pour les parents. Vous pouvez leur dire que vous êtes désolé(s) de ce qui leur est arrivé et que vous êtes sensibles à leur peine, leur détresse.

Article en intégralité ici

 

L’approche des fêtes de fin d’année étant une période douloureuses pour toutes les personnes en deuil, voici une invitation créative de Nathalie Hanotpsychologue clinicienne que je partage ici afin que ce temps des Fêtes puisse être le plus apaisant possible pour vous :

Noël sans toi

Se préparer à un Noël, sans l’absent, avec le carnet de deuil : une page de création particulière.
Pour Jean Monbourquette, la septième étape du deuil est celle de l’héritage. Cette étape consiste à récupérer pour soi l’énergie, l’amour, les qualités mêmes de l’être disparu. Laisser partir l’autre dans le deuil, c’est aussi se disposer à recevoir en héritage, ces mêmes qualités et talents. On peut alors accueillir la nouvelle présence en soi de cet être cher.
Voici une page « héritage » pour le carnet de deuil, destinée aussi à prendre un temps précieux pour préparer un Noël sans l’autre.

Matériel requis :
Votre journal
Les gabarits proposés suivants : un sapin, des cadeaux, des boules de Noël et une étoile.
Votre matériel de base (couleurs, ciseaux, colle …).

Consignes :
1. Commencez par imprimer et découper les formes proposées (sapin, paquets cadeaux, boules de Noël pour décorer le sapin, l’étoile).
2. En guise d’échauffement, prenez un temps pour colorer et coller votre sapin sur une nouvelle page de votre journal. Ce faisant, installez-vous dans l’exercice.
3. Décorez votre premier paquet cadeau. Il s’agit du cadeau que vous laisse l’être disparu. Que vous offre-t-il pour Noël ? Collez le paquet au pied du sapin et répondez en écriture spontanée, en spirale autour du paquet. Sur le paquet, notez un ou deux mots qui rappellent bien ce cadeau. Dessinez ensuite une étiquette avec votre prénom. Ce cadeau, cet héritage est pour vous.
4. Décorez votre deuxième paquet cadeau. Il s’agit du cadeau que vous auriez aimé faire à l’absent, ou d’un cadeau symbolique que vous souhaitez lui transmettre. Collez votre cadeau, et écrivez en spirale tout autour sur l’offrande que vous lui faites symboliquement. Terminez par un mot ou deux, en synthèse sur le paquet. Dessinez une étiquette et inscrivez son prénom.
5. Dans les boules qui éclairent votre sapin, inscrivez, en écriture spontanée, la nouvelle présence de l’être aimé disparu. Vous pouvez à chaque fois commencer votre phrase par : « tu es présent(e) dans…
6. Collez ensuite vos boules de Noël pour décorer votre sapin.
7. Dans l’étoile, faites un vœu et placez-la au sommet du sapin.
8. Continuez ensuite à décorer votre page pour qu’elle vous plaise et que vous vous sentiez en harmonie avec elle.

L’art comme refuge et canalisateur de la souffrance

Pour Frida Kahlo, peindre était une façon de transformer la douleur en expression artistique. C’était son canal, son refuge, sa forme de liberté. Parce qu’elle a toujours refusé d’être victime, elle a compris très tôt que la vie ne devait pas se comprendre à travers sa souffrance physique. La vie, pour Frida Kahlo, était par-dessus tout de la passion.

Quand on admire son œuvre La Colonne brisée (1944), on ne peut pas s’empêcher de ressentir un profond frisson. Dans ce tableau, le symbolisme de la douleur acquiert plus que jamais une intensité palpable, physique et presque désespérante. Toutes ses années de traitement et les appareils orthopédiques qu’elle dut porter, elle les grava ainsi comme une sorte de témoignage, d’exaltation du corps physique comme synonyme de torture.

“Pourquoi voudrais-je des pieds si j’ai des ailes pour voler ?
-Frida Kahlo-

Frida a elle-même expliqué une fois qu’elle a peint tous ces autoportraits parce qu’elle se sentait seule. Plus que de vouloir canaliser la souffrance physique, elle avait besoin de se trouver face à quelqu’un pour lui expliquer comment elle se sentait, et cette personne n’était autre qu’elle-même.

L’exemple de vie et d’attitude de la célèbre peintre mexicaine nous démontre quelque chose de très concret : la créativité est un véhicule, c’est un mécanisme exceptionnel capable de nous aider non seulement à restructurer la douleur, à canaliser la souffrance. Les thérapies expressives comme la peinture, l’écriture ou la composition sont également une façon de nous retrouver avec nous-même pour prendre soin de nous et retrouver l’équilibre émotionnel.

                                                                La Colonne brisée, 1944

La souffrance et l’artiste torturé-e

Nous aimons souvent penser que l’art, pour arriver au sommet de son expressivité et de son génie, a besoin d’un esprit torturé et d’un cœur blessé. L’archétype du poète tourmenté et de l’écrivain qui écrit de façon frénétique pendant ses nuit de delirium tremens est toujours très présent dans notre imaginaire collectif.

                                                                 Rufus Wainwright

Wainwright est catégorique sur ce point. Il sait très bien qu’en ce qui concerne la souffrance, il n’y a pas un avant ou un après, en particulier lorsqu’il s’agit de traumatismes vécus pendant l’enfance. Les démons dansent toujours à côté de nous, ils ne disparaissent pas totalement. Il y a simplement un moment où l’on choisit de rester victime toute sa vie ou de s’autoriser à être heureux-se, malgré le fait que l’on devra vivre avec ce souvenir.

Dans ses compositions, une bonne partie de la tristesse du passé ne s’est pas encore tue, elle est toujours présente parce qu’elle fait partie de lui et c’est un morceau du souffle qui donne naissance à sa créativité. En revanche, le bonheur d’aujourd’hui est également une stimulation puissante dans ses œuvres. Quel besoin y aurait-il de renoncer à un de ces points ou de les nier ?

Au bout du compte, nous sommes tou-te-s un amalgame complexe d’émotions opposées, de lumières et d’ombres qui façonnent tout ce que nous sommes. L’essentiel est de ne pas nous laisser abattre, comme l’a réussi Frida Kahlo, et nous devons trouver une passion et faire d’elle un espèce de refuge, une sorte de catalyseur grâce auquel on peut donner au monde le meilleur de nous-mêmes et en même temps prendre soin de notre propre univers émotionnel.

L’art comme refuge et canalisateur de la souffrance