Et je choisis de vivre

La quête de sens d’une mère qui a perdu son jeune fils donne naissance à “Et je choisis de vivre”, un film lumineux qui parvient à mettre des mots sur le deuil et entrevoir la possibilité d’un nouvel élan de vie. Les spectateurs ne s’y trompent pas et se bousculent aux avant-premières. Sortie en salles le 5 juin.

L’Odyssée connaît rarement une telle affluence. Vendredi 3 mai, la mythique salle de cinéma strasbourgeoise était comble. Plus un fauteuil de libre, des spectateurs hâtivement installés sur des chaises pliantes rajoutées au dernier moment, d’autres assis sur les marches. Les moins chanceux ont dû rentrer chez eux, cachant mal leur frustration. Pourtant, pas d’Avengers : Endgame au programme. A l’affiche, un film beaucoup plus modeste, Et je choisis de vivre, bouleversant documentaire sur le deuil et la possibilité d’une résilience. Sa sortie en salles est prévue le 5 juin, mais déjà dans tous les cinémas où il a été programmé en avant-première, des centaines de spectateurs se pressent pour voir ce film qui fait du bien. Et chaque jour de nouvelles avant-premières s’ajoutent aux précédentes un peu partout en France.

Mettre des mots sur les maux

Singulière destinée pour un film né de la douleur d’un couple, Guillaume et Amande, confronté à la disparition de Gaspar, leur petit garçon, mort la veille de sa première année. Lui, taiseux, n’est qu’action pour tenter de tromper le manque viscéral de ce fils. Elle, a besoin de mettre des mots sur les maux, de trouver un sens à ce qui n’en a pas, et surtout d’espérer que la douleur puisse un jour s’adoucir, l’absence s’apprivoiser, et la vie retrouver un peu de sa saveur. Tout à cette attente, elle décide de partir à la rencontre d’autres parents qui ont perdu des enfants et sont parvenus à se reconstruire. Si eux y sont arrivés, pourquoi pas elle ? Et si leurs expériences, leurs témoignages, leur bienveillance l’aident, pourquoi n’en serait-il pas de même pour d’autres parents endeuillés ? Naissance de l’idée d’un film.

Amande enrôle dans l’aventure son ami le réalisateur Nans Thomassey et un jeune producteur à l'énergie contagieuse, Damien Boyer.

Long cheminement

Sont enrôlés par Amande dans l’aventure son ami le réalisateur Nans Thomassey, que les téléspectateurs de France 5 ont croisé dans la série documentaire Nus et culottés, et un jeune producteur à l’énergie contagieuse, Damien Boyer. Peu à peu, le scénario se précise. Puisque le deuil est un long cheminement, Amande s’embarquera pour une randonnée de plusieurs jours dans les montagnes de la Drôme, où elle vit, et rencontrera à chacune de ses étapes d’autres parents qui ont traversé cette épreuve et sont arrivés à se reconstruire. Reste à financer le film. Pas simple. Une après l’autre, les portes se ferment. Le deuil a beau être l’expérience de vie la plus partagée, l’évoquer reste encore trop souvent tabou. Alors en faire un film… Partout, le discours est le même : « Parler de la mort, qui plus est de la mort d’un enfant… Trop sombre, aucune chance de faire de l’audience. N’y pensez pas. » Et pourtant si, ils ne pensent qu’à ça. Alors, ils entament un tour de France pour présenter le projet lors de quinze conférences baptisées « Deuil et renaissance », et lancent en parallèle une opération de financement participatif. Un succès : deux mille donateurs répondent à l’appel, faisant de cette levée de fonds en ligne la deuxième plus importante pour un film après celle du documentaire Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

Et je choisis de vivre
“Les vivants ferment les yeux des morts et les morts ouvrent les yeux des vivants”

Gaspar est mort. Et je choisis de vivre peut voir le jour. Mieux qu’un hommage, le film est une leçon de vie, une œuvre lumineuse qui parle du deuil avec justesse et authenticité. Pas simplement du deuil de l’enfant, de tous les deuils, du deuil « universel ». Amande bouleverse en acceptant de mettre à nu sa douleur, son désarroi, ses questionnements les plus intimes. Chacune des rencontres avec les autres parents l’aide (nous aide) à comprendre la normalité de ce que ressent toute mère qui a perdu un enfant ; à mieux appréhender ce parcours chaotique qu’est le processus de deuil ; à ne pas oublier l’absolue valeur du moment présent ; et finalement à entrevoir la possibilité d’un apaisement, d’une reconstruction. Aucune vérité là-dedans, pas de kit de survie non plus, juste une addition d’expériences singulières, de témoignages vécus, comme autant de sources d’inspiration, de tuteurs de résilience envisageables.

Tout au long, le film fait preuve d’un subtil équilibre entre la puissance émotionnelle de chacune des rencontres, l’évolution intime d’Amande restituée en voix off, et de magnifiques plans sur les paysages de la Drôme, éclatants en plein été indien. Pas à pas, Amande, s’approche du sommet des Trois Becs, point d’arrivée de sa longue randonnée. Rencontre après rencontre, elle avance dans son cheminement intérieur. Les mots font sens et résonnent, l’invitant, elle, comme chaque spectateur, à une véritable introspection dont la clé sera donnée par une des mamans de rencontre : « Les vivants ferment les yeux des morts et les morts ouvrent les yeux des vivants. »

 

Parents sans enfant – création : Noël sans toi

Si Noël est souvent un moment de réjouissances et de communion, pour certaines personnes cette période peut s’avérer douloureuse…

En tant que Parent sans enfant, les fêtes sont extrêmement douloureuses à vivre et peuvent réveiller certaines blessures. Il est parfois difficile pour les proches de savoir comment interagir.

L’association Parents Orphelins qui représente l’ensemble des parents qui vivent un deuil périnatal (c’est-à-dire toute personne ayant vécu une grossesse qui s’est soldée par le décès d’un bébé, qui survient au cours de la grossesse, lors de l’accouchement ou dans sa première année de vie) a écrit un très bel article en ce sens dont j’ai sélectionné et adapté quelques extraits :

Il est parfois difficile pour l’entourage de comprendre ce que ressentent les parents sans enfant, à plus forte raison durant la période des Fêtes. En effet, c’est généralement le moment de l’année consacré aux réjouissances en famille, avec les amis. L’atmosphère est à la fête, mais pour de nombreuses familles en deuil de leur bébé, cela peut être difficile.

Ce deuil est complexe : il s’agit de faire le deuil d’un avenir et de tous les rêves faits pour cet enfant qui ne se réaliseront jamais.

C’est voir ses rêves de fonder une famille ou de l’agrandir s’envoler. Ce n’est pas dans la nature des choses que la vie s’arrête avant même de commencer. Les parents ont alors à vivre un long et complexe processus de deuil. Ils ont besoin d’aide, d’encouragement et de reconnaissance. Les parents doivent donc apprendre à vivre leur vie en trouvant la place que prendra leur petit bébé dans celle-ci, comme il ne vivra pas à leurs côtés… mais dans leurs souvenirs et dans leur cœur.

La plupart du temps, les proches se sentent démunis devant la douleur des parents et impuissants devant la colère et l’incompréhension que la mort de l’enfant suscite.

Voici donc quelques conseils et suggestions :

Respecter le deuil des parents

L’enfant que ces parents attendaient, qu’ils avaient imaginé à leurs côtés à cette période n’y est pas et il est parfaitement normal qu’ils en soient affectés et qu’il n’aient pas le cœur à célébrer.

  • Acceptez qu’ils n’aient pas envie de prendre part à toutes les célébrations et à toutes les activités auxquelles ils auront été invité(s), ou auxquelles ils avaient auparavant l’habitude d’assister.
  • Offrez-leur, par exemple, le droit de décider à la dernière minute s’ils assisteront ou non, à une célébration ou encore de de répondre « peut-être ».
  • Informez-les de la présence de bébés ou de femmes enceintes pour qu’ils puissent choisir d’être à leur contact … ou non, et de s’y préparer s’ils choisissent de venir.
  • À moins que les parents ne veuillent pas en parler, soulignez la mémoire du bébé, n’ayez pas peur de leur parler et d’en parler, de l’appeler par son prénom. Vous pouvez aussi offrir un cadeau significatif en son nom, allumer une bougie, accrocher une décoration dans le sapin pour lui, ou un bas de Noël.

Ne cherchez pas les mots magiques

Il n’est pas nécessaire de trouver des mots magiques. Il suffit souvent d’être à l’écoute de la peine de l’autre, sans jugement.

  • Sachez qu’écouter signifie écouter sans jugement et sans interpréter et ne veut pas dire avoir réponse à tout et donner des conseils.
  • Il ne faut pas avoir peur du chagrin des parents. S’ils pleurent, c’est qu’ils se sentent en confiance en notre présence et ces larmes aideront leur cœur à guérir.
  • Soyez patient(e) avec eux : le processus du deuil de leur enfant a un rythme, le leur. Ce qui signifie que le deuil ne peut ni être accéléré, ni mis sur pause et qu’il est tout à fait normal de ressentir de la tristesse alors que tout le monde s’amuse autour d’eux.
  • Soyez prudents dans vos commentaires sur les événements ou sur ce qui les a précédés, car cela peut ajouter à la culpabilité des parents.
  • Un message de sympathie est toujours approprié et réconfortant pour les parents. Vous pouvez leur dire que vous êtes désolé(s) de ce qui leur est arrivé et que vous êtes sensibles à leur peine, leur détresse.

Article en intégralité ici

 

L’approche des fêtes de fin d’année étant une période douloureuses pour toutes les personnes en deuil, voici une invitation créative de Nathalie Hanotpsychologue clinicienne que je partage ici afin que ce temps des Fêtes puisse être le plus apaisant possible pour vous :

Noël sans toi

Se préparer à un Noël, sans l’absent, avec le carnet de deuil : une page de création particulière.
Pour Jean Monbourquette, la septième étape du deuil est celle de l’héritage. Cette étape consiste à récupérer pour soi l’énergie, l’amour, les qualités mêmes de l’être disparu. Laisser partir l’autre dans le deuil, c’est aussi se disposer à recevoir en héritage, ces mêmes qualités et talents. On peut alors accueillir la nouvelle présence en soi de cet être cher.
Voici une page « héritage » pour le carnet de deuil, destinée aussi à prendre un temps précieux pour préparer un Noël sans l’autre.

Matériel requis :
Votre journal
Les gabarits proposés suivants : un sapin, des cadeaux, des boules de Noël et une étoile.
Votre matériel de base (couleurs, ciseaux, colle …).

Consignes :
1. Commencez par imprimer et découper les formes proposées (sapin, paquets cadeaux, boules de Noël pour décorer le sapin, l’étoile).
2. En guise d’échauffement, prenez un temps pour colorer et coller votre sapin sur une nouvelle page de votre journal. Ce faisant, installez-vous dans l’exercice.
3. Décorez votre premier paquet cadeau. Il s’agit du cadeau que vous laisse l’être disparu. Que vous offre-t-il pour Noël ? Collez le paquet au pied du sapin et répondez en écriture spontanée, en spirale autour du paquet. Sur le paquet, notez un ou deux mots qui rappellent bien ce cadeau. Dessinez ensuite une étiquette avec votre prénom. Ce cadeau, cet héritage est pour vous.
4. Décorez votre deuxième paquet cadeau. Il s’agit du cadeau que vous auriez aimé faire à l’absent, ou d’un cadeau symbolique que vous souhaitez lui transmettre. Collez votre cadeau, et écrivez en spirale tout autour sur l’offrande que vous lui faites symboliquement. Terminez par un mot ou deux, en synthèse sur le paquet. Dessinez une étiquette et inscrivez son prénom.
5. Dans les boules qui éclairent votre sapin, inscrivez, en écriture spontanée, la nouvelle présence de l’être aimé disparu. Vous pouvez à chaque fois commencer votre phrase par : « tu es présent(e) dans…
6. Collez ensuite vos boules de Noël pour décorer votre sapin.
7. Dans l’étoile, faites un vœu et placez-la au sommet du sapin.
8. Continuez ensuite à décorer votre page pour qu’elle vous plaise et que vous vous sentiez en harmonie avec elle.

Accompagner le deuil et rendre hommage au défunt

En cette période particulière réservée à la commémoration de nos morts, j’aimerais mettre en lumière un métier pas comme les autres : le thanatopracteur qui prépare et prend soin du corps du défunt avant son dernier voyage. Il joue un rôle primordial aussi pour les familles en prenant part indirectement au processus de deuil.

«Je ne travaille pas sur les vivants, mais pour les vivants, confie, avec simplicité et détachement, Sébastien Bonnafous, et surtout j’accompagne du mieux que je peux les proches.» Dès que son téléphone sonne, il se rend chez les défunts ou en chambre funéraire pour réaliser un soin de conservation – «partie la plus technique» – d’hygiène et de présentation. «Parfois, une simple toilette suffit. On coiffe la personne, on la maquille légèrement», explique-t-il. Le corps sera simplement installé sur un lit réfrigérant. Mais à la suite d’une longue maladie, d’une chimiothérapie, d’un suicide, d’un accident de la circulation, les soins deviennent plus techniques. Si souvent une heure suffit pour réaliser la totalité des soins, Sébastien Bonnafous peut parfois passer plusieurs heures, voire plusieurs jours, à préparer le défunt. Et ce, toujours «en s’attachant aux petits détails». Un travail minutieux «qui doit frôler la perfection. Il faut que la famille ressente que je me suis occupé de son proche avec toute l’attention possible, que j’ai apporté tout ce que je pouvais apporter», complète le thanatopracteur dans l’article de la depeche.fr

Cela me fait penser à ce magnifique film

où l’accompagnement au grand voyage est sublimée avec un profond respect et beaucoup de bienveillance sur cet art délicat qu’est le rituel de mise en bière au Japon.

Dans ses souvenirs, Axel a toujours été fasciné par le corps indique le thanatopracteur dans l’article de France info. “J’ai toujours été très intéressé par l’anatomie, le corps humain. Je voulais travailler dans ce domaine”. Après un stage en maison de retraite lors de ses études médicales et sociales, il a le déclic. “Une fois, un résident est décédé et je l’ai porté en chambre mortuaire. Je ne savais pas ce qu’il se passait ensuite. On m’a dit que les pompes funèbres allaient s’occuper de lui.” Axel se renseigne, navigue de forum en forum pour découvrir “les métiers de la pompe”, et tombe sur des discussions sur la thanatopraxie. “J’avais déjà mis cette idée dans un coin de ma tête, mais là, je me suis décidé. Je trouvais que l’embaumement était vraiment un travail passionnant, qui permettait d’accompagner les familles dans le deuil en toute discrétion.” 

“Je me concentre sur mes gestes, je suis seul dans le calme, le silence, face à un corps que je cherche à embellir au mieux. Ça m’apaise vraiment.”

Malgré ces rares moments de solitude, Axel prend beaucoup de recul sur son métier, et se fiche des clichés : “Non, je n’ai pas de fascination morbide. Le problème c’est que la mort est taboue dans notre pays, on évite d’en parler. On célèbre les morts de manière assez sinistre, ce n’est pas comme au Mexique !”

La mort est un tabou que l’on a du mal à briser, 59% des français pensent “souvent” ou “de temps en temps” à la mort avec le lot de questions qu’elle soulève sans forcément oser en parler. Aussi le dernier numéro de Ça m’intéresse propose 200 questions et infos étonnantes sur la mort.

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Retrouvez à cette occasion un podcast audio en 5 épisodes, « Ma vie avec la mort » : 5 personnes qui côtoient la mort au quotidien, ils nous expliquent leur métier, la raison de leur choix et ce que leur profession a changé dans leur rapport à la vie et prochainement l’interview de Mélodie, thanatopracteur.

Collages : des petits papiers pour recoller sa vie

Images découpées dans les magazines, photos, morceaux de tissus : les collages sont à la fois des créations artistiques et les miroirs de nos états d’âme. Ils peuvent aussi être des alliés pour nous soutenir dans la traversée des moments difficiles. Quatre “colleuses” se racontent en commentant leur composition.

Des collages miroirs

Pour certains, ils évoquent un hobby d’adolescent. Pour d’autres, les créations raffinées de Christian Lacroix, Peter Beard ou Max Ernst, quelques-uns des nombreux artistes qui s’y sont adonnés. En réalité, les collages sont tout cela, et bien plus encore. Utilisés depuis longtemps en art-thérapie ou dans les services psychiatriques, ils s’imposent partout et accompagnent la vogue des journaux intimes et carnets de voyages. Dans la formation, le coaching individuel, les séminaires en entreprise, etc., on “colle”. Là où l’on se cherche, là où l’on veut comprendre ses désirs cachés, exprimer ses difficultés relationnelles, on “colle”.

On s’en sert également en complément d’une thérapie : ainsi, qui se lance dans des séances de rêve éveillé ou de “dialogue intérieur” peut se voir proposer par son psy quelques exercices de ce type à faire à la maison, dans le but d’approfondir une découverte sur soi ou d’aller plus loin dans son histoire.

Les collages sont à la fois des miroirs de nos états d’âme et de formidables supports pour les exprimer. « Ils nous donnent à voir une représentation de qui nous sommes à un moment donné », résume Luc Favard, “colleur” depuis plus de douze ans, féru de psychologie transpersonnelle, et passionné par les recherches de Jung. Cet artiste – « et non psychothérapeute », précise-t-il – vient de mettre en place un atelier ouvert à tous.

Dans l’ambiance calme et chaleureuse d’une ancienne serrurerie de Saint-Mandé (Val-de-Marne), sur fond musical subtil, dans une odeur de colle, avec partout des piles de magazines et revues en papier glacé, il a créé les conditions pour que chacun puisse plonger en soi et faire naître une production singulière. Une atmosphère ludique, concentrée, d’où émergent des moments de doute et d’hésitation, parfois des élans de joie face à l’œuvre personnelle qui s’accomplit.

« Beaucoup de participants sont profs ou travaillent dans la relation d’aide. Ils sont en recherche », commente Luc Favard. Par exemple Irène, 32 ans, qui, depuis des années, découpait dans les magazines les images qui la touchaient sans savoir qu’en faire : « Je ne pensais pas être capable d’arriver à ça ! » s’exclame-t-elle en terminant son collage. Ou Angèle, 54 ans (voir son témoignage plus bas), qui fait des compositions pour les offrir au moment des naissances, des mariages… Luc Favard relance la réflexion des participants, commente le choix des couleurs, la structure qui se dessine. Jamais il n’interprète. Chacun peut ainsi s’approprier ses propres découvertes, laisser reposer les messages qu’il croit lire sur sa planche, un travail intérieur de prise de conscience se fait de toute façon. S’il n’est pas vraiment un art, le collage s’en rapproche quand il « rend visible ce qui était de l’ordre de l’invisible » selon la définition du peintre Paul Klee : « Regarder un collage nécessite de prendre du recul – de haut, et de tous les côtés – afin de se laisser décrypter… comme la vie. »

Les vrais adeptes l’utilisent de façon quasi “hygiénique” : « J’en ai toujours un en cours sur ma table de travail, avoue Luc Favard. Et si je n’en fais pas pendant quelque temps, je me sens mal dans ma peau. » Outil thérapeutique, loisir réparateur ou démarche artistique ? Peu importe, puisque dans tous les cas, il apporte.

Témoignages

Pascale, 42 ans, antiquaire
Revenir à l’essentiel
« Je me suis inscrite à un atelier de deux jours. Quand je suis arrivée, je me sentais déchirée entre plusieurs dimensions de ma vie : avoir du temps pour moi, pour mon fils, mon travail, mon couple, ma famille… En commençant à découper des images, je me suis demandé : “Que dois-je faire passer en premier ?” Bizarrement, je ne découpais que des photos rouges ou vertes… Je m’apprêtais à faire deux tas, quand j’ai réalisé que la chambre à coucher que je partage avec mon compagnon est décorée en rouge et vert. J’ai eu un déclic. Mon couple, notre histoire d’amour, tout le chemin parcouru ensemble… Je me suis rappelé que, cette année, nous fêtions nos dix ans de mariage et que nous n’avions rien prévu pour le célébrer.

J’ai commencé à disposer les photos en y pensant. Peu à peu, l’idée que ce collage pouvait s’apparenter à un autel, une façon pour moi de célébrer ce lien, s’est imposée. J’ai ajouté des photos : du jour de notre mariage, de notre petit garçon déguisé en Africain, de bâtons d’encens… Puis, j’ai collé des cœurs en strass rouge. Tout en réalisant cette planche, je sentais monter en moi la profondeur de mes sentiments. L’essentiel m’était rappelé. »

Fatima, 47 ans, infirmière
Traverser un deuil
« C’est un collage de colère. Il y a quelques années, j’ai perdu mon frère aîné que j’aimais beaucoup. Il est mort d’un infarctus, soudainement. Je me suis retrouvée en état de choc… Il m’a fallu du temps pour que je me remette à faire des collages, une activité que j’avais pratiquée en complément d’une thérapie et qui m’apportait beaucoup jusque-là. Cela impliquait pour moi de “descendre” dans des zones très douloureuses, j’appréhendais. Puis, petit à petit, j’ai recommencé.

Le collage m’a aidée à comprendre que la traversée du deuil n’est pas linéaire : on passe de la colère au chagrin en quelques jours. Ça désoriente beaucoup. J’ai construit celui-ci avec des images d’écartèlement, de déchirure. Je me sentais comme la fille par terre, en bas à gauche, sous la patte d’un cheval. J’étais écartelée entre la nécessité de continuer à vivre et l’envie de mourir pour rejoindre mon frère. “Comment vais-je faire ?” se lamente la femme en blanc. Mais dans un coin, on aperçoit la lueur rassurante de la bougie, et il y a ce visage penché de profil…

Je pense qu’il représente la “colleuse”, cette part qui prend du recul pour regarder ce qui se passe en soi. C’est en cela que la série de collages que j’ai réalisée pendant ces mois de deuil m’a aidée : j’ai pu traverser mes émotions sans me laisser submerger par elles. »

Angèle, 54 ans, éducatrice
Guérir d’une tragédie familiale
« J’ai vécu toute mon enfance avec les fantômes de six oncles et tantes morts en camp de concentration. Mes parents étaient très dépressifs, et moi, j’avais l’impression de ne pas pouvoir dire cette souffrance. J’ai découvert le collage dans le cadre d’une formation professionnelle. Peu à peu, les images que je découpais ont remplacé les mots qui ne me venaient pas. J’ai réalisé des collages qui ne “parlaient“ que de la Shoah et j’ai eu besoin d’agir, de savoir. J’ai entamé un gros travail de recherche sur la déportation juive à Champigny-sur-Marne, d’où était partie ma famille.

Puis, en août dernier, j’ai réalisé ce collage. Je l’ai intitulé “Ici et là-bas”. Il marque la séparation entre moi, qui suis de l’autre côté, en bas, et eux, qui sont partis dans le camp, représentés en haut. J’y ai placé de l’espoir, de la vie, avec un petit peu d’herbe verte en bas à gauche. Les rails symbolisent aussi cette distance entre nous. L’homme sans visage m’évoque l’idée de ne plus être envahie par tous ces morts… J’ai pu, grâce à ce travail, laisser partir ces fantômes vers leur destin. Je suis sortie de la fusion et de la confusion avec les autres générations. »

Ann, 51 ans, art-thérapeute
Donner forme à ses désirs
« J’utilise ce collage comme une planche de “travail”, il me rappelle tout ce que je veux voir arriver dans ma vie. Je l’ai accroché dans ma penderie : dès que j’ouvre la porte, je le regarde et “j’absorbe” ce qu’il contient. Il y a vingt ans, j’ai lu le livre de Shakti Gawain, Techniques de visualisation créatrice (J’ai lu, 2001). dans lequel elle suggère de faire sa “carte au trésor”, une composition contenant tous nos rêves secrets… Beaucoup d’événements que j’avais imaginés se sont accomplis. J’ai même découvert le sens de certaines images auxquelles je n’en donnais a priori pas. Ainsi, à la veille d’un voyage, j’ai collé une photo de deux mains jointes.

Quelques semaines plus tard, je commençais une histoire d’amour avec un magnétiseur qui guérissait justement avec ses mains. En haut à droite, j’ai écrit en suédois, ma langue natale : “Enfin, j’ai du succès”, et je me suis représentée dans un atelier ouvert sur un jardin, car je cherchais un lieu comme ça pour travailler ma peinture. Il y a quelques semaines, j’ai eu une proposition pour partager un local. La pièce donne sur une petite cour. Je crois que, une fois de plus, ce dont j’ai rêvé est en train de se manifester. »

A faire seul(e)

Pour réaliser votre collage

– Réunissez les fournitures dont vous aurez besoin : feuilles de papier épais, ciseaux, cutter, colle, pastilles amovibles (Patafix), piles de journaux, magazines, photos personnelles, cartes postales, etc.

– Prévoyez un long moment de disponibilité totale (au moins deux heures).
Favorisez calme mental et état de relaxation, et feuilletez des magazines en découpant sans réfléchir les images, les photos et les mots qui vous touchent.

– Disposez les éléments découpés sur une feuille. Commencez par les fixer avec les pastilles amovibles. Puis, lorsque vous êtes sûr de votre choix, collez-les. Vous sentirez intérieurement lorsque votre collage sera terminé… Si, à un moment, vous êtes bloqué dans votre inspiration, laissez-le reposer. Vous trouverez souvent l’image qui vous manque dans les jours qui suivent.

– Datez votre collage. Vous pouvez le montrer et parler avec des proches de ce qu’il vous évoque, ou écrire vos impressions.


un bel exemple de résilience face au deuil

Complètement atterré par la mort tragique de sa femme, Gary Andrews, un ancien animateur de Disney ouvre son carnet et laisse ses émotions déborder sur les pages. « Je pleurais tellement que j’avais du mal à me concentrer sur la page. Je dessinais tout en essuyant mes larmes », a-t-il déclaré au Daily Mail. « Joy était mon âme soeur depuis 19 ans. Elle était belle, gentille, généreuse et drôle. Nous avons tout fait ensemble. Quand je l’ai perdue, j’ai senti que la moitié de mon existence venait de partir. »

Tout au long de son processus de deuil, Gary a continué à dessiner dans son journal, enregistrant les hauts et les bas de sa vie quotidienne. Consigner ses pensées et ses émotions sur papier l’a aidé à vivre avec son tourment, lui permettant d’exprimer librement ses sentiments. Joy est très présente dans ses griffonnages, et il parvient également à saisir le bonheur que ses enfants apportent à sa vie de père célibataire.

Invitation au voyage par le conte en art-thérapie à l’arbre de vie

Je suis heureuse en tant qu’art-thérapeute d’avoir rejoint l’équipe pluridisciplinaire de L’arbre de vie et de pouvoir proposer un accompagnement créatif et psychique en art-thérapie face à l’infertilité.

L’infertilité est très douloureuse à vivre car le désir d’enfant est quelque chose de viscéral. Je propose au sein du cabinet un espace d’accompagnement aussi bien individuel que collectif afin que chacun puisse trouver son chemin et être en accord avec soi-même ; chaque expérience étant unique.

Le conte est un véritable support pour partir à la découverte de soi et de ses ressources.

Conter

C’est écouter à haute voix
Un rêve ancien, plus grand que soi.

C’est un acte magique, une poésie :
C’est faire de sa parole une peau,
un œil, une monture.
Faire d’un rêve un souvenir,
D’un souvenir une jeune aventure,
D’un mensonge un aveu, une vérité vraie.

C’est ouvrir son jardin et en faire un navire.
Voyager. Rien de plus.
Jusqu’à offrir à l’autre un souvenir nouveau,
Risquer de faire de lui un témoin, lui aussi :

Un conteur à venir.

Michel Hindenoch, conteur

Venez participer au cycle de 3 séances pour une invitation au voyage et à la création par le conte en art-thérapie :

  • 1er cycle de 3 séances en mai : samedi 6, 13, 20 mai de 14h à 15h30 ou de 16h à 17h30.
  • 2ème cycle de 3 séances en juin : samedi 3, 10, 17 juin de 14h à 15h30 ou de 16h à 17h30.

à l’arbre de vie 150 bd du Montparnasse 75014 Paris.

Nous n’oublions pas…

Toutes mes plus douces pensées en ce jour de commémoration, parfois les “Les Mots du Silence” sont bien plus forts.

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“Je suis Paris” interprété en Langue des Signes Française par Eloïse Pot et Jean-François Goulian
© Jennifer Lescouët / 2015

Devenue sourde à l’âge de 8ans, Jennifer Lescouët a très vite ressenti un certain attachement pour la photographie. Le visuel est devenu dès lors son moyen d’entendre et surtout, de s’exprimer.

Pendant longtemps, la surdité a été un sujet délicat à aborder et à accepter en France, mais aussi partout dans le monde. La Langue des Signes Française a ouvert les portes de la communication à tout un monde silencieux.

Grâce à ses études en photographie, Jennifer Lescouët a pu donner naissance à sa première série photographique autour de la LSF.

Le but est de montrer que cette langue n’est pas un pis-aller, et bien que visuelle, les images donnent l’impression d’entendre les mots avec nos yeux, que le public soit sourd ou entendant : universel, le bénéfice est le même pour tous.

Les Mots du Silence est un mariage entre le temps de pose et le flash. Les participants de cette série forment un groupe indifférencié, sourds, entendants, jeunes et séniors.

Le noir et blanc a été choisi pour refléter la force à chacun de ces mots signés, et pour l’aspect artistique de l’image. un cadrage parfois critiqué à la verticale, mais souhaité pour rester dans l’optique du portrait.

Qu’importe la signification du mot. il a été choisi principalement pour sa beauté visuelle.

Laissez-vous envahir par les mots du silence.

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http://www.jlescouet.com/fr/portfolio-33291-0-40-serie-les-mots-du-silence.html